JACQUES MESRINE, DE LHOMME AU GANGSTER

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©La petite reine

 

 

 

 

 

 

 

Gazette des Scénaristes #34 (Juin 2008)

 

Braqueur de banque, kidnappeur, criminel, sociopathe, ennemi public n°1 ou héros encensé par les médias, Jacques Mesrine n’a pas fini de faire parler de lui. Un biopic, scindé en deux longs métrages, retrace le parcours de cet homme aux mille visages, incarné par Vincent Cassel. Rencontre avec le scénariste, Abdel Raouf Dafri.

 

Initiée par le producteur Thomas Langmann, l’idée d’adapter à l’écran la vie de Jacques Mesrine court depuis six ans. À l’origine, Guillaume Laurant, scénariste d’Amélie Poulain, devait écrire le scénario et Barbet Schroeder le réaliser. Mais le film présentait Jacques Mesrine comme un héros et faisait l’apologie de sa violence. Cet aspect n’intéressait pas Vincent Cassel, déjà pressenti pour le rôle, qui s’était retiré. Le projet resta en sommeil.

Abdel Raouf Dafri était à l’époque un scénariste débutant au talent prometteur. Il a grandi dans les banlieues du Nord de la France et connaît bien l’esprit criminel, les voyous et les délinquants. Il n’avait encore rien prouvé. Il était en réflexion sur sa série La Commune (Canal+) mais c’est surtout le scénario Le Prophète, coécrit avec Nicolas Peufaillit, lu par Thomas Langmann et cautionné par Jacques Audiard, qui lui a donné une crédibilité dans la profession. Le projet Mesrine était alors une véritable opportunité et Dafri s’est impliqué à 100%. Une réunion a eu lieu plus tard avec le producteur, Vincent Cassel, le cinéaste Jean-François Richet (pressenti après la sortie de son film Assaut sur le Central 13, remake de John Carpenter) et Abdel Raouf Dafri. « Je n’avais encore rien écrit et j’avais très peu lu sur le personnage lorsque j’ai donné ma vision du film. Mais nous étions tous d’accord. Jacques Mesrine était un homme qui aurait pu avoir une belle vie, mais qui a préféré se forger un destin ». Ce projet de 45 millions d’euros est donc ressorti. Dès le départ, Thomas Langmann voulait faire deux films car artistiquement, c’est plus intéressant. Aujourd’hui, les salles diffusent de moins en moins de films de 3 heures qui font perdre des séances. Ce biopic est donc scindé en deux longs métrages qui ne se définissent pas comme deux parties à suivre de manière chronologique. « Lorsque le premier film a été écrit, la question s’est tout de suite posée sur la pertinence du second », raconte Abdel Raouf Dafri. « C’est comme Kill Bill, les deux films sont très différents. Et nous avons eu de la chance car Mesrine n’est pas le même lorsqu’il revient du Canada. Dans le premier, c’est un jeune homme qui devient un homme et dans le deuxième, c’est un homme qui devient un personnage ».

 

DEUX FILMS ET DES SCOOPS

L’instinct de mort est la première adaptation cinématographique. Thomas Langmann a obtenu les droits auprès de la fille, Sabrina Mesrine. Frédérique Lo Ré, de La Petite Reine, a fourni une source d’informations très riche : le roman, les archives de presse de 1973 à 79, les livres de Sylvia Jeanjacquot et de Jeanne Schneider… Dafri a vu et lu tout ce qui existait sur Mesrine pour savoir à qui il avait à faire. Ces deux films ont plusieurs particularités : ils divulguent des scoops qui n’ont pas été dits en presse. Tout a été vérifié et confirmé afin d’éviter d’être poursuivis en diffamation. Les témoins proches de Mesrine (gardiens de prison, policiers, personnes qui ont travaillé directement avec lui et certains de ses complices) ont été interviewés. Des révélations sont faites aussi sur les conditions de son évasion de la prison de la Santé. « À l’époque, il y a eu beaucoup de supputations et de corruption autour de cette affaire ».

Vincent Cassel a subi des transformations physiques. Mesrine changeait souvent de visage et en jouait pour ne pas être reconnu. Des citations extraites de son livre, d’articles et d’interviews sont reprises dans le scénario comme entre autres : « Ennemi public, ça ne veut rien dire. Je ne suis pas l’ennemi du public, je suis l’ennemi d’un service public : les banques. Et quand je vole les banques, j’ai l’impression de voler plus voleur que moi ». « Mesrine était un communicant », explique Abdel Raouf Dafri. « C’est entre guillemets le bon sens démago populaire français. Après sa mort, lors de la conférence de presse, le préfet aurait dit de lui : « Mesrine est un voyou qui avait le sens du marketing ». L’interview de Paris Match avec la séance photo faite par la journaliste passionnée de faits divers, Isabelle de Wangen, est également mise en scène.

Ces deux longs-métrages prometteurs au casting d’envergure (Cassel, Depardieu, C. de France, Le Bihan, Amalric, G. Wilson, Sagnier, Gourmet…), tournés en France et au Canada, sont le résultat d’un réel travail d’équipe et de recherche.

 

L’INSTINCT DE MORT

Le film démarre à la fin de la guerre d’Algérie et se termine au Canada quand Mesrine devient l’ennemi public n°1. On assiste à la constitution du personnage au travers des femmes qu’il rencontre : Sarah, la prostituée dont il est fou amoureux et pour laquelle il va tuer. Sofia, son épouse espagnole avec laquelle il aura des enfants. Et Jeanne Schneider (Cécile de France), qui fut sa campagne de sexe et d’action et la confidente qu’il a immensément aimée. Le scénario a été écrit en 75 jours, une véritable performance. Il est basé essentiellement sur le livre, sur les archives canadiennes grâce auxquelles ils ont pu retracer son parcours et sur le témoignage de Jeanne Schneider. « L’instinct de mort a été publié grâce à elle », révèle Abdel Raouf Dafri. « En France, à l’époque, les femmes n’étaient pas encore fouillées au corps. Pendant les visites, elle glissait dans ses bas les pages qu’il griffonnait. Et le livre est sorti comme cela de la prison. Mais je me suis affranchi sur l’adaptation du livre. Mesrine se vante d’exploits qu’il n’a pas faits. C’est le syndrome du gangster : il dit qu’il pêche une baleine alors qu’il pêche un requin. Au Canada, Mesrine commençait à faire parler de lui en kidnappant le millionnaire George Deslauriers ».

Abdel Raouf Dafri voulait avoir une vraie réflexion sur la société française et sur la part humaine du personnage. Toute l’esbroufe autour ne l’intéressait pas. « Mesrine braquait des banques ! Vous n’allez pas faire deux films de 2 heures uniquement pour voir un mec entrer dans une banque avec un flingue à la main ! ». Il a préféré saisir la complexité du personnage et être embarqué avec lui. Les péripéties sont présentes dans L’instinct de mort, mais quel est le propos de fond ? Un homme qui a été aimé ; il a eu des femmes, des enfants. Toutes les personnes qui l’ont rencontré disent encore aujourd’hui qu’il était formidable. Jeanne Schneider a transmis à Dafri toute la correspondance qu’ils ont échangée pendant deux ans en 1973, alors qu’il était en prison. « Une pile de lettres d’amour hallucinantes, émouvantes avec des dessins de fleurs, de nuages, de campagnes un peu naïfs mais qui ne le sont pas dans le contexte dans lequel il se trouvait. Et je me suis demandé, mais qui est cet homme ? On nous vend un flingueur et je me retrouve face à un autre homme. Vincent Cassel joue parfaitement les différentes facettes. Il peut passer du type le plus adorable, le plus affectueux et le plus séduisant au type le plus violent ».

Dafri précise que Mesrine n’est pas un psychopathe mais un sociopathe. Le psychopathe tue pour le plaisir de tuer. Le sociopathe refuse les règles de la société. Il sait où est le bien et le mal mais il s’en moque. « Ce qui intéresse Mesrine, c’est sa conception personnelle de ce qui est bien et mal. Et il le revendique : « Je ne suis pas une victime de la société, je suis un professionnel du crime ». Ce type fait sourire, mais il le croit vraiment et le mentionne dans L’instinct de mort : « J’ai découvert que j’étais doué pour faire des braquages, donc je braque. Si j’avais découvert que j’étais doué pour la peinture, je serais peintre ». »

 

L’ENNEMI PUBLIC N°1

Le second scénario fut plus long à écrire. Le problème ne provenait pas de la structure, mais plutôt du parti pris. Le personnage perd tout contrôle sur lui-même. Mesrine a pris du poids, il est beaucoup plus sombre, plus dur, borderline, antipathique, arrogant car les journalistes l’encensent, notamment depuis son évasion de la prison de la Santé. « Toutes les décisions les plus folles qu’il prenait lui sauvaient la mise. Cette période de 1973 à 79 est une farce permanente. Mesrine était médiatisé et Paris était devenu son parc d’attractions. Il y a une part de fascination/répulsion dans son comportement. Il fallait extraire le mensonge, la part de spectacle qu’il donnait aux médias comme l’interview de Paris Match. Vincent Cassel voulait saisir toutes ces zones d’ombres et ces ambiguïtés. Mesrine était lucide sur lui-même. Il ne se voyait pas comme un héros. Il l’a déclaré et il l’a écrit : « il n’y a pas de héros dans la criminalité ! » Et dans son livre, lui-même ne s’épargne pas ».

Le reflet politique est aussi en filigrane tout au long du film. Mesrine s’empare de la tribune que les médias lui donnent pour pointer les QHS (Quartiers de Haute Sécurité). « Les prisons représentent une violence de l’état de droit », explique Abdel Raouf Dafri. « Mesrine ne nie pas et n’est pas contre leur existence. Il était bien traité. Il avait deux cellules : son bureau et là où il dormait. Il était connu et son livre avait été un best-seller. Mesrine avait choisi de se battre pour les prisonniers qui, eux, étaient des victimes de la société et se rebellaient contre le système ».

La scène de l’assassinat Porte de Clignancourt, le 2 novembre 1979 par la brigade antigang a été tournée en deux jours un 15 août. « L’émotion a été intense, lorsque Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier) est tirée de la voiture et se met à hurler. Un silence « de mort » a régné. Jean-François Richet a dit « Coupez ». Et les techniciens ont investi le plateau. Mais la foule autour continuait de regarder, silencieuse, saisie par l’action… Il n’y a pas à polémiquer sur l’assassinat, c’est un fait. Mesrine a été condamné à mort sans avoir été jugé dans un état de droit qui se dit respectueux des droits de l’homme. En l’assassinant de cette manière, il prouve qu’il avait raison. Sa violence a lui est artisanale mais celle de l’état est orchestrée, préméditée, froide et calculatrice. Nous, ce que nous faisons, c’est du cinéma, on recrée une réalité en essayant d’être le plus précis et le plus honnête possible. Quand on regarde les images d’archives de l’époque après sa mort, les personnes interviewées disent qu’il n’avait aucune chance. Le public n’aime pas les gangsters mais quand la police emploie les mêmes méthodes que les gangsters, il peut légitimement se demander de quel côté est le bon droit »

 

En savoir plus sur ABDEL RAOUF DAFRI

Fils d’immigrés algériens, né à Marseille, Abdel Raouf Dafri a grandi dans les banlieues du Nord de la France. Dès 16 ans, il travaille en alternance à l’usine et à l’école pour obtenir un CAP de chaudronnier-soudeur. Les accidents graves et fréquents subis par ses camarades ouvriers lui font prendre conscience qu’il ne veut pas de cette vie. Il ne passe pas les épreuves et n’a, à l’époque, aucune idée de l’orientation à prendre. Ce n’est que plus tard, porté par les radios libres, qu’il devient par hasard animateur radio à la Voix du Nord, puis journaliste TV sur France 3 Lille et sur Télé Monte-Carlo. À la fin des années 1990, il se retrouve au chômage, puis RMIste. Sa vie se borne à la télévision, la lecture et à sa banlieue.

Il se plonge alors dans les romans classiques, les BD et surtout dans le cinéma de Truffaut, Godard, Cimino, Stone et Coppola qu’il décortique. Puis il écrit ses premiers scénarios. Son intérêt se porte sur des personnages extrêmes. Il se lance et soumet à la fois un scénario pour un épisode du Commissaire Moulin à Martin Brossollet, à l’époque Directeur de Collection sur la série, et un scénario de long-métrage (une tarantinade) à Nicolas Boukhrief qui dirigeait Canal+ Écriture. Ces deux derniers l’encouragent à continuer. En référence à son vécu dans les quartiers chauds, il travaille à sa série La Commune, diffusée sur Canal + en 2007, après avoir essuyé plusieurs refus. Le producteur Marco Cherqui est le premier à investir sur lui en soumettant Le Prophète, coécrit avec Nicolas Peufaillit, à Jaques Audiard qui le cautionne (tournage prévu en septembre 2008).

Puis il rencontre Thomas Langmann. À la lecture du scénario, le producteur lui donne l’opportunité d’écrire les deux volets du parcours de Jacques Mesrine, bientôt sur les écrans. Il travaille actuellement sur la vie de Marc Fiévet dans L’Aviseur, avec Gérard Depardieu, produit par le cousin de Thomas Langmann, Dimitri Rassam, de Chapter 2. Parti de rien, Abdel Raouf Dafri (43 ans) a gravi les échelons un à un pour devenir un scénariste confirmé et reconnu dans l’Hexagone.

 

mercredi 01 octobre 2008 10:40 , dans ARTICLES - GAZETTE DES SCÉNARISTES


LA SCIENCE-FICTION EN BLEU, BLANC, ROUGE

 

                         

Gazette des Scénaristes #33 (mars 2008)

 

 

Quatre réalisateurs investissent le genre dans l’hexagone : Marc Caro (Dante 01), Julien Leclercq (Chrysalis), Franck Vestiel (Eden Log) et prochainement Mathieu Kassovitz (Babylon AD). Coïncidence, démarche assumée ou effet de mode ? C’est l’occasion de poser un regard sur ce phénomène, et de voir s’il existe une écriture de science-fiction (SF) made in France. 

 

Selon le Petit Larousse « la science-fiction est un genre littéraire et cinématographique envisageant l’évolution de l’humanité et, en particulier, les conséquences de ses progrès scientifiques ». Il s’agirait avant tout d’une affaire de visionnaires. Née dans la littérature avec, pour la France, l’incontournable Jules Verne, la science-fiction se décline au cinéma au début du siècle dans Le voyage dans la lune de Georges Méliès. Plus tard, à l’époque de la nouvelle vague, Godard (Alphaville), Truffaut (Farenheit 451), Vadim (Barbarella) ou encore Chris Marker (La jetée) s’approprient le genre en tranchant radicalement avec le style américain par leur originalité et leur minimalisme.

 

Dans les années 1990, Luc Besson (Le cinquième élément), Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro (Delicatessen, La cité des enfants perdus) se retrouvent propulsés sur le devant de la scène française et internationale. Le premier adapte les méthodes françaises de réalisations aux standards américains, les seconds créent un concept novateur pour l’époque sur le plan des effets spéciaux. De son côté, Enki Bilal fait son entrée dans le cinéma et se différencie également en s’inspirant de son graphisme en bande dessinée, avec Bunker Palace Hotel, Tykho moon, puis avec Immortel dans les années 2000, qui mélange 3D et acteurs réels. Dernièrement, Christian Volckman réalise Renaissance, son premier long-métrage d’animation SF. Tous ces cinéastes nous offrent des registres différents qui ont un point commun : mettre en évidence des idées neuves et créatrices pour nous transmettre, selon leurs personnalités et leurs parcours, leur perception du genre.

 

Trois films de science-fiction française viennent tour à tour d’investir les écrans. Deux sont écrits et réalisés par de jeunes talents : Julien Leclercq et Franck Vestiel. Tout comme leurs prédécesseurs, ils ont été nourris essentiellement des images des maîtres du genre (Carpenter, Lucas, Cameron, Spielberg, Scott) et des mots des écrivains américains (Bradbury, K. Dick, Asimov), sans oublier les inoubliables planches de Métal hurlant.

 

Malgré ce sursaut dans l’actualité, cette catégorie de films a encore du mal à s’imposer dans la culture française, au profit du cinéma d’auteurs et de comédie. Ce positionnement est donc semé d’embûches du point de vue budgétaire car il n’éveille pas toujours l’intérêt des chaînes de télévision, qui régissent aujourd’hui le cinéma français. Cependant, depuis début 2006, Canal+ lui attribue une place dans son rendez-vous de programmation « la séance interdite » le vendredi en 2ème partie de soirée, destinée au cinéma de genre de tous pays (SF, horreur, fantastique). Son nom de code : « French frayeur ». Ainsi, la chaîne cryptée permet à des jeunes cinéastes français prometteurs, de sortir des sentiers battus, d’écrire et de réaliser les films qu’ils ont envie de voir à l’écran.

 

« L’OBJECTIF EST DE DÉGHETTOÏSER LE CINÉMA FRANÇAIS »

Depuis son lancement, Manuel Alduy, Directeur des Acquisitions du Cinéma français chez Canal +, reçoit chaque année une dizaine de projets bien aboutis : « Nous assistons à un renouveau du cinéma de genre au niveau mondial qui donne de l’appétit aux réalisateurs et aux producteurs. Ces 10 dernières années, un savoir faire français adapté au genre, a vu le jour avec EuropaCorp, Wild Bunch, Studio Canal, Gaumont, Pathé, UGC… Pour la SF, il faut comprendre à la fois sa particularité et savoir la vendre à l’étranger. Mais, elle restera, je pense, une expérience ponctuelle en France. Elle n’intéresse pas les chaînes hertziennes nationales car c’est un genre segmentant et qui demande des moyens. Canal+ est la seule chaîne française qui ait envie de ce genre de cinéma. Il y a un vrai public parmi les abonnés. L’objectif est de répondre à ses attentes, de déghettoiser le cinéma français en accompagnant des projets jusqu’à terme et ouvrir une porte à toute cette génération de réalisateurs en soif de genre. Pour l’instant, on arrive à en préacheter 3 sur 5 ».

 

La dépense moyenne est de 600 000 € par projet, en cumulant l’investissement de la chaîne et celui de Ciné Cinéma, pour diffuser le film après Canal+. Ce sont idéalement des films en dessous de 2M€, mais dans certains cas, le budget peut être légèrement dépassé. Tous sont des premiers longs-métrages : Ils, Frontière(s), A l’intérieur et Eden Log, qui fut une expérience différente pour Canal+ car il y avait un vrai univers de science-fiction. Et d’autres sont en cours de tournage ou de financement : Lady blood, suite de Baby blood d’Alain Robak (Horreur SF), Ruiflec (Fantastique SF), Mutant, Martyrs et La horde (Horreur), Hameau (Fantastique paranormal) et Humains (Survival Aventure)...

 

Le genre science-fiction est donc encore en quête de reconnaissance dans le paysage cinématographique français, mais sa distribution est facilitée par les ventes à l’international, le DVD et la VOD. Car son public, tourné vers les nouvelles technologies, est plus jeune, peu nombreux, mais présent partout dans le monde.

 

CHRYSALIS, sorti en octobre 2007, est le premier long-métrage de Julien Leclercq. Ce jeune cinéaste a été très vite remarqué, par le producteur Franck Chorot de la Gaumont en 2004, pour son court-métrage Transit, une fiction d’anticipation. « Il y a une nouvelle génération de metteurs très prometteuse aujourd’hui, des gens de ma génération qui ont tous vu les films de James Cameron et de John Carpenter. Cela fait partie de notre quotidien. Donc consciemment ou inconsciemment plus tard, on est amené à vouloir réaliser ce genre de films. Chrysalis avait une chance sur 50 de voir le jour. Les chaînes de télévision ont hésité. Le film fait référence à Minority Report, Bienvenue à Gattaca. Montrer le quotidien dans 20 ans avec des machines, des écarteurs d’yeux, des chorégraphies de combats et imaginer des acteurs comme Dupontel ou Marthe Keller, dans le scénario, cela faisait « ovni ». Aujourd’hui, les gens ont besoin d’identifier et d’être rassuré. Mais grâce à C+, une nouvelle vague de films peut être tournée à moins de 3 millions ».

 

Le tournage a duré 49 jours à Paris et région parisienne, en partie en studio (sur 1000m2) avec un budget s’élevant à 8,7 millions €. Les effets spéciaux n’ont pas représenté un budget très important par rapport au financement global. Le film a été montré dans plusieurs festivals à l’étranger : « A Sitges en Espagne, le public et les producteurs ont adoré. À Cannes également. Les américains ont été très enthousiastes. Je suis allé à Los Angeles au mois de juillet. J’ai rencontré des grands producteurs des studios Universal, Paramount. Ils m’ont proposé des films, mais j’ai refusé. Je suis un cinéaste français qui veut faire des films en France. Je suis rentré pour préparer mon prochain film GIGN sur l’assaut de Marignane. Et c’est là que je suis tombé sur des critiques presse. C’est hallucinant la différence d’accueil pour ce genre de cinéma entre l’étranger et la France. La presse française considère que tout ce qui est beau est suspect. Je parle d’un point de vue esthétique qui va dans le sens du genre et de l’anticipation. Ils ont reproché le côté trop américanisant. Dès que tu t’intéresses autant à la forme qu’au fond, c’est un massacre ».

 

L’écriture a duré un an et demi, avec trois autres scénaristes. Julien Leclercq a débuté avec Aude Py, puis avec Nicolas Peufaillit pour terminer avec Franck Philippon. Ils ont tout d’abord écrit chacun de leur côté, puis se sont retrouvés pour finaliser. Julien Leclercq écrit ce qu’il va tourner. Il filme juste après la séquence écrite, avec des petites caméras, des Barbies et des Ken. Il fait ce qu’il appelle des « prévis en 3D » (story-board virtuel). Rare en France, mais pas aux Etats-Unis. La séquence de l’opération hologramme graphique (décor, action) est entièrement prévisualisée en 3D sur des ordinateurs. Julien a utilisé un playmobil qui représentait Marthe Keller. L’ordinateur lui a recréé la focale, les mouvements, les hauteurs de caméra. Avec Julien Leclercq, tout est story-boardé, maquetté, préparé. On retrouve dans le film ses penchants pour la technologie, le design, la moto, le noir et blanc. La seule couleur présente est le rouge sang qu’il a désaturée. Et la moto qui apparaît dans le film est la sienne (une Ducati 749 Biposto). Toute l’équipe s’est mise très vite d’accord sur le casting. Albert Dupontel a suivi toutes les versions du script et a donné son avis sur les changements

 

EDEN LOG, sorti fin décembre 2007, est le premier long-métrage de Franck Vestiel, qui a fait ses armes en tant que premier assistant réalisateur sur Saint Ange de Pascal Laugier, Ils de Xavier Palud et David Moreau et sur Dante 01 de Marc Caro. Franck a une vision plus pragmatique sur le sujet : « Je pense que ces sorties sont des concours de circonstances. Les opportunités qui nous sont offertes aujourd’hui sont les ventes à l’international car les Américains nous regardent. Ce qui nous aide, c’est le marché du DVD, la multiplication des chaînes câblées qui ont besoin d’être nourries. Je ne crois pas à l’émergence d’un cinéma de genre en France et à une nouvelle génération de réalisateurs. Personnellement, je ne m’inscris pas dedans. Je ne suis pas plus un réalisateur de genre qu’un réalisateur tout court. J’espère bien faire des films qui toucheront tous les codes. L’ouverture de la case « French frayeur » par Canal+ est née d’une volonté d’avoir quelques films français de ce genre et que des producteurs s’y intéressent. Mais quand Canal+ décidera d’arrêter, les producteurs arrêteront... ».

 

Eden Log est un film d’anticipation mais pas dans le sens classique du terme. L’intention première de Franck Vestiel n’était pas d’imaginer à quoi ressemblerait la technologie de demain car la réponse coûte cher à l’image. Son film est donc intemporel. Il n’y a aucun appareil, aucun cadran. Son objectif est de faire vivre le film à hauteur de Tolbiac, le personnage central, incarné par Clovis Cornillac. La caméra à l’épaule ajoute à la volonté d’adhérer à sa vision. Le projet a duré plus d’un an et demi ; 7 mois d’écriture en collaboration avec Pierre Bordage, auteur de science-fiction (Abzalon, Les guerriers du silence), également co-scénariste sur Dante 01, plus 10 mois entre sa rencontre avec le producteur Cédric Jimenez chez Impéria Film, et la livraison de la copie finale en deux versions (français, anglais). Le tournage a duré 5 semaines dont 2 dans un souterrain (20m de profondeur) à 30km de Paris. Une performance, avec très peu d’effets spéciaux à cause d’un budget restreint (moins de 2M€).

 

Franck Vestiel a travaillé à la fois sur l’écriture du scénario et la conception graphique et visuelle du film : « Le film commence comme un film photographique avec des images animées. Je voulais faire un premier film avec une première séquence qui s’ouvre comme ma découverte au cinéma. La première chose que j’ai faite, ce sont des photos que j’ai petit à petit animées. J’ai fait ensuite venir le son, la couleur, la projection et le film se termine sur la 3D ». Sa culture du genre est très riche. Il a dévoré tous les auteurs de Metal Hurlant (Moebius, Druillet, Bilal), mais aussi Franck Miller, Alan Moore… Avec l’arrivée du magnétoscope, il a découvert tous les maîtres américains du genre, puis il s’est plongé dans l’expressionnisme allemand dont la faculté de raconter des histoires sans paroles l’impressionnait. C’est une des raisons pour laquelle le personnage de Tolbiac a très peu de dialogue.

 

Eden Log a été vendu dans 18 territoires majeurs avant sa sortie : Magnolia Pictures aux Etats-Unis, Weinstein Company en Australie, Comstock au Japon, Momentum Pictures en Angleterre, Tiberius Films en Allemagne. Malheureusement, en France, le film n’a obtenu que très peu de salles : 3 à Paris, 7 en banlieue parisienne et 56 en province... Soit un total de 66 salles, ce qui est dérisoire et qui explique le faible nombre d’entrées.

 

DANTE 01, sorti début janvier 2008, marque le retour à la réalisation de Marc Caro. Il a débuté sa carrière dans la bande dessinée, l’illustration, le graphisme, l’infographie. Il a créé des affiches, des story-boards, des scénographies, des costumes, des décors de films, des musiques pour spectacles, des courts-métrages, des clip-vidéos, des génériques TV et des films d’animations. Il a collaboré avec des artistes comme Découflé, Chopinot et Jean-Paul Gaultier. Quelques années après sa co-réalisation avec Jean-Pierre Jeunet, il s’est chargé du Design et de la Direction artistique de Vidocq de Pitof, Le dernier chaperon rouge de Jan Kounen, King Shot de Jodorowsky et d’Alien la résurrection de Jeunet. « J’oeuvre dans la SF depuis mes débuts dans la Bande dessinée à Métal Hurlant… J’ai l’impression d’avoir poursuivi cette direction dans mes collaborations avec Jean-Pierre Jeunet au travers de Bunker de la dernière rafale,  de Delicatessen ou de La cité des enfants perdus qui développent chacun à leur manière des thèmes de la science-fiction. Dante 01 n’aurait pas vu le jour si Vincent Maraval n’avait pas cru au projet et si Wild Bunch n’avait pas pré vendu le film à l’étranger. Quand je vois l’accueil qui est fait à ce genre de film par la presse et par le public, je suis assez dubitatif sur son avenir solide en France… mais j’espère vraiment que la diversité va continuer à exister ».

 

Ses scenarii ayant été souvent jugé trop ambitieux, Marc Caro tente avec Dante 01 de trouver un sujet qui puisse être financé en France. Huit mois d’écriture puis 40 jours de tournage et 25 plans quotidiens : « Il est toujours très difficile de trouver les moyens de faire ce type de film en France malgré le succès que peut rencontrer ce genre lorsqu’il vient de l’étranger. Les contraintes sont essentiellement budgétaires. La solution passe par une unité de lieu et de personnages par exemple afin de réduire les coûts. Il y a eu plusieurs étapes dans l’écriture du scénario avec Pierre Bordage, qui a écrit aussi les dialogues… Ensuite vient le découpage au travers d’un story-board. D’habitude je dessine mon story-board moi-même, mais cette fois-ci pour des raisons de temps, Fred Blanchard et Gess, deux excellents auteurs de bande dessinée, s’en sont chargés. J’ai dû également m’adapter en changeant radicalement ma manière habituelle de tourner, avec beaucoup de caméra à l’épaule ».

 

Marc Caro porte un soin particulier à tous les personnages et pas seulement aux rôles principaux. Son choix s’est fait sur un véritable casting de « gueules » que l’on découvre crânes rasés dans le film (Dominique Pinon, François Hadji-Lazaro, Bruno Lochet, Yann Collette…). Dominique Pinon étaient présents à son esprit dès l’écriture. D’autres comme Lambert Wilson ont été de belles rencontres de casting. Les effets spéciaux du film existent grâce à la Buf compagnie et à l’effort et au soutien de Pierre Buffin. Une véritable complicité s’est établie entre eux au fur et à mesure de leurs précédentes collaborations. Complicité aussi avec les studios SFP grâce au soutien financier de la Région Ile de France qui a permis au tournage de rester en France.

 

BABYLON A.D est une adaptation de « Babylon babies » de  l’écrivain français Maurice G. Dantec. Premier long-métrage de Mathieu Kassovitz sur le thème de la science-fiction, co-écrit avec Eric Besnard et dont le tournage s’est déroulé à Prague. Babylon AD, co-produit par la Fox, s’inscrit lui dans le panorama des films internationaux, tels que Le cinquième élément. En onze ans, c’est ainsi le second film SF français à gros budget qui se concrétise. Encore une denrée rare. Toutefois, le film fait preuve d’une autre spécificité. Afin de rendre son environnement plus réaliste, Mathieu Kassovitz a lancé en juillet dernier un concours sur le web, avec pour objectif d’imaginer des fausses publicités ou des flash info futuristes de 10s, rendant compte de l'état du monde dans 15-20 ans. La liste des gagnants s’est affichée en octobre et compte 28 jeunes talents qui verront leurs films intégrés les multiples supports présents dans le film (TV, mur interactif...) ainsi que leurs noms au générique. Le réalisateur entrouvre une nouvelle porte en encourageant des artistes de tous bords à se tourner ainsi vers le cinéma de genre. La sortie du film, prévue initialement en début d’année, interviendra en août 2008 et les informations sur son contenu restent encore confidentielles. 

 

En dépit de sa place particulière en France, la science-fiction reste un genre artistique à part entière, qui nécessite une écriture scénaristique pointue. Deux difficultés majeures s’imposent ensuite aux cinéastes : Budget restreint et contraintes de temps. Ils doivent alors faire appel à leur capacité d’adaptation en utilisant des techniques de réalisations propres à chacun d’eux et le fameux système D. À ce jour, on ne compte véritablement qu’une trentaine de long-métrages français qui répondent au critère de la science-fiction dans l’histoire du cinéma français...

 

lundi 01 septembre 2008 13:56 , dans ARTICLES - GAZETTE DES SCÉNARISTES


SALUT LES TERRIENS : MERCI PUBLIC...

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Tout le monde connaît Salut les Terriens, magazine d’actualité, animé par Thierry Ardisson et diffusé en clair sur Canal+ le samedi à 19h20. Il est toujours intéressant d’assister aux émissions de TV. Peu importent les raisons pour lesquelles vous vous y rendez : professionnelles, adeptes des plateaux, pur hasard ou simple curiosité… L’occasion est à prendre.

 

Le rôle du public est important car il génère tout l’attrait de ces émissions. En tant que simple téléspectateur, on ne s’en rend pas compte. L’approche est différente quand on en fait partie. On devient plus participatif. La règle est simple : répondre au concept de l’émission après briefing. Mais, entre accepter de jouer le jeu et la manipulation, il faut savoir discerner la frontière.

 

Pour être intervenue l’année dernière sur un film en sortie dans Le Cercle sur Canal+ Cinéma, animée par Frédéric Beigbeder, c’était pour moi, un mélange de hasard et de raisons professionnelles puisque le thème est le Cinéma (débats, critiques cinéphiles, analyses filmiques...). Le ton est plutôt sérieux, intello, souvent cassant, mais instructif et enrichissant. Et Beigbeder est un animateur respectueux de son public.

 

Salut les Terriens, c’est du talk-show, du divertissement. Le ton est léger, voire superficiel, impertinent et décalé, qui se veut la continuité de Tout le monde en parle ou plutôt sa cousine germaine… Les émissions sont généralement le reflet de l’animateur. L’enregistrement de la dernière émission de la saison a eu lieu le jeudi 19 juin de 19h à 23h (plus une heure de dépassement) au Studio de la Française des Jeux à Boulogne (diffusion samedi 21 juin).

 

Les invités : Eric & Ramzy pour Seuls Two, Anne Roumanoff pour son one woman show, Eric Zemmour pour son dernier roman et Louisy Joseph, survivante des L5, pour son premier album. Les chroniqueurs habituels : Mustapha El Atrassi et le pas drôle Stéphane Guillon. Le tout rythmé par le groupe jazzy de talent Les Gréements de Fortune.

 

Verdict ? Trempette dans la manipulation (surenchérir sans cesse et applaudir sur des interventions anti ou pro-sarkoziste, s’esclaffer sur des blagues pas drôles), interdiction au public de sortir (30 minutes supplémentaires pour des applause), et un Ardisson égal à lui-même qui s’autocongratule sur ses 35 ans de professionnalisme lors des derniers retake… Les invités, bien conscients de notre rôle à jouer, ont été les seuls à remercier le public, lassé et pas dupe, qui a pris la décision de foutre le camp avant le feu vert de je-ne-sais-qui, en ayant donné ce qu’il avait envie de donner.

 

Au-delà de ce constat décevant, c’était une bonne expérience, à renouveler ou pas dans cette émission en connaissance de cause. Et puis ça nourrit mon blog…

 

(APPLAUSE)

 

Sinon, le site d’infos média Ozap a mis en ligne hier dans sa newsletter un extrait du clash entre Zemmour et Ramzy lors de l’émission (plus complet que les sites de partage). On y voit d’ailleurs de temps en temps ma tête juste derrière Ramzy, je porte une veste noire (c'est pas top franchement !?)


lundi 23 juin 2008 09:51 , dans ACTU


BABYLON A.D, EN AVANT-PREMIÈRE

Blog de nathaliedassa :ENVIE D'UN AUTRE POINT DE VUE ?, BABYLON A.D, EN AVANT-PREMIÈRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Onze ans après Le cinquième élément, Babylon AD, second film SF à gros budget, arrive en août sur nos écrans. J’avais déjà évoqué son concept ici et dans la Gazette des Scénaristes #33. L’avant-première a eu lieu mercredi 4 juin au matin à l’UGC Normandie. C’est un bon Kassovitz. D’autant qu’il lui a fallu six ans pour que son bébé puisse voir le jour. Et pourtant, je partais avec un à priori négatif avec Vin Diesel, dont le physique « gros bras » et les rôles ne m’ont jamais attirés. Dans ce film, il se révèle assez surprenant et plutôt sexy.

 

Babylon AD ne ressemble pas à un produit purement hollywoodien. Pourtant financé par la Fox, Kassovitz réussit à faire de ce métrage d’1h40 un mélange franco-américain sans passer systématiquement par la case « défilé d’effets spéciaux spectaculaires ». On y découvre d’ailleurs une petite trouvaille originale.

 

Le scénario, quoique inspiré du roman de Dantec, en ressort finalement d’une manière simple, sans nouveauté certes, mais crédible selon la vision futuriste et personnelle de Kassovitz. La première scène du film nous annonce déjà un bon cru. Elle s’ouvre au ralenti et nous fait suivre le mercenaire Toorop (Vin Diesel), qui marche sous la pluie, capuche sur la tête, dans une ville sombre et chaotique d’Europe de l’Est, rythmé par un RAP bien frappé. D’entrée, le cinéaste nous plonge dans l’atmosphère. Aurora (Mélanie Thierry), belle et mystérieuse jeune fille, aux dons exceptionnels, protégée par Sœur Rebecca (Michelle Yeoh) qui manie l’art du combat, nous conquiert par sa pureté, sa candeur et sa sensibilité ultra-développée. Les apparitions de Gérard Depardieu, au visage grimé et parlant l’anglais avec un accent russe, Lambert Wilson (trop succinctes) et de l’imposante et charismatique Charlotte Rampling viennent parachever le casting. Au menu : clonage et religion avec une action présente sans être omniprésente ; de bonnes cascades et de bons combats à mains nus, malheureusement le montage saccadé et trop rapide nous empêche de les apprécier davantage.

 

L’esthétisme prime dans le film. Kassovitz sublime l’image en surexposant les univers. Il nous montre d’un côté un monde ravagé par les guerres en proie à l’anarchie et de l’autre un monde de surconsommation avec la multiplication des messages publicitaires. Il effectue ainsi un parallèle, en intensifiant les couleurs et la lumière, au travers des paysages magnifiques, naturels et purs comme les neiges immaculées, la mer glacée, les aurores boréales…

 

En résumé, Babylon AD déchire quand même un peu sa mère de manière sobre et juste, même si on espérait une fin différente…

 

 

mardi 10 juin 2008 14:00 , dans A VOIR


MODIANO/BAER, UNE PERFORMANCE

Blog de nathaliedassa :ENVIE D'UN AUTRE POINT DE VUE ?, MODIANO/BAER, UNE PERFORMANCE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’admire les gens capables d’être à contre-emploi de ce qu’ils jouent et de ce qu’ils font. Édouard Baer le prouve pendant 1h15 d’une manière simple, dans Un pedigree, roman autobiographique de Patrick Modiano, où il raconte ses 21 premières années. Une interprétation remarquable, un texte simple et poignant aux phrases courtes et concises, une élocution claire et distincte, une lumière qui s’intensifie et magnifie la scène épurée.

 

Édouard Baer est assis derrière son bureau, face à nous, dans la peau de Modiano. Il nous narre un texte de souffrance qui débute comme une fiche d’état civil. Il évoque sa vie et particulièrement son ressenti sur sa vie, qui semble en dehors de lui, la dureté de ses parents et ses rapports avec eux, son frère Rudy qui meurt à l’âge de 10 ans, ses rencontres particulières par l’entremise de sa mère tels que Raymond Queneau, Suzanne Flon et les rues de Paris jusqu’à la publication de son premier roman.

 

Né en 1945 d’un père juif (Albert Modiano) qui vivait du marché noir et d’une mère flamande, comédienne (Louisa Colpeyn), Modiano/Baer retrace sa vie au travers de leurs parcours et découvre ses racines juives. Ses parents se sont rencontrés pendant l’Occupation et se sont séparés très vite. Il exprime ses rapports froids et difficiles, avec un père qui décide de ce qu’il doit faire et qui souhaite l’expédier le plus loin possible et avec une mère, sans un sou, qui n’hésite pas à envoyer son fils quémander de l’argent auprès de son père. On ne ressent pas au travers de son texte, un quelconque ressentiment envers eux, même s’il se considère comme un animal sans pedigree. Modiano/Baer prend une distance étonnante et évoque des situations graves qu’il rend presque comiques. Baer réussit à créer ce pont avec brio sans faire chavirer le bateau. L’auteur ne cherche pas à comprendre. Il est dans le constat et l’acceptation.

 

« J'écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la mienne. (…) Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d'autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. »

 

Il ne reverra plus son père, avec qui le dialogue ou l’entente simple entre un père et un fils, est impossible. La pièce s’achève à ses 21 ans et son premier roman vient d’être publié.

 

 

Pour le plaisir du texte, la performance d’Édouard Baer et découvrir Patrick Modiano, cette représentation est à voir absolument au Théâtre de l’Atelier. Prolongations exceptionnelles jusqu’au 28 juin.

 

mardi 03 juin 2008 20:53 , dans A VOIR


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